L’accessibilité est un axe central de la transformation de l’Hôpital national des 15-20. De l’entrée dans l’hôpital à la circulation dans nos bâtiments, en passant par la qualité de l’accueil et la compréhension des informations transmises, nous avons à cœur d’optimiser l’expérience de nos patients. Pour cela, il nous faut souvent repenser des normes qui ne correspondent pas nécessairement aux réalités de la déficience visuelle : si un « tout à plat » facilite les déplacements en fauteuil, un trottoir offre un repère indispensable à une personne non-voyante. Nous devons par ailleurs trouver un juste équilibre pour tenir compte de la diversité des pathologies que nous soignons. Par exemple, certaines personnes ont besoin de lumière pour se déplacer, quand d’autres, très photophobes, nécessitent des espaces plus sombres. Notre responsabilité consiste à arbitrer méthodiquement tous ces conflits d’usage, en privilégiant l’expérience concrète de nos patients.
L’Institut de Réadaptation Visuelle Saint-Louis illustre bien cette ambition. Conçu en concertation avec les patients partenaires, les usagers et l’association Valentin Haüy, il intègre une accessibilité multisensorielle qui permet à chacun de circuler plus facilement et en sécurité grâce à : une police de signalétique spécialement créée et testée auprès de 150 patients présentant des troubles visuels variés ; des balises sonores qui s’activent depuis la rue pour faciliter l’identification des entrées ; des contrastes de couleurs et des textures au sol qui contribuent à un meilleur repérage ; des variateurs de lumière pour adapter l’environnement aux besoins individuels ; des ascenseurs sonorisés… Bientôt, des bandes de guidage au sol viendront sécuriser les déplacements dans la cour.
Notre objectif est toujours le même : proposer des solutions globales, pensées pour le plus grand nombre. Et cette approche dépasse le seul cadre des bâtiments. Elle implique aussi l’accompagnement humain et l’évolution de nos pratiques.

Depuis un an et demi, nous déployons des formations auprès des professionnels afin qu’ils acquièrent les bons réflexes : guider une personne déficiente visuelle, comprendre les conséquences de sa pathologie, adapter les soins du quotidien. Les patients partenaires jouent un rôle essentiel dans ce processus en partageant leur expérience. Un effort particulier est également porté sur nos documents et outils numériques : les supports papier intègrent maintenant des règles précises de lisibilité, quant au futur site internet, prévu pour 2026, il est pensé dès aujourd’hui avec une attention particulière portée à l’accessibilité et à l’implication des usagers.
Nous sommes conscients qu’il reste beaucoup à faire et certaines contraintes nous empêchent parfois d’avancer aussi vite que nous le voudrions tous. Notre enjeu n’est pas tant de mettre aux normes des installations anciennes, de manière partielle et peu concluante, que de penser intégralement chaque nouveau projet en inscrivant l’accessibilité au cœur de sa conception. Car, nous en sommes convaincus, l’inclusion est indissociable de notre mission de soin. Et notre ambition pour les prochaines années est très claire : être à la hauteur de l’excellence médicale des 15-20 en devenant une référence nationale, dans ce domaine également.
Chacune de nos décisions représente le meilleur compromis pour l’ensemble de nos patients. Nous expliquons toujours qu’il est impossible de répondre parfaitement à chaque situation mais que notre démarche est de proposer une solution globale, pensée pour le plus grand nombre.
Bruno Koubi, Directeur de l’Institut de Réadaptation Visuelle Saint-Louis.
Notre approche n’est pas dogmatique : elle repose sur l’expérimentation et l’écoute de nos patients. Ainsi, comme on concevrait une molécule thérapeutique, nous avons conçu une police de signalétique testée auprès de plus de 150 patients avant d’être déployée à l’Institut de Réadaptation Visuelle Saint-Louis.
Sophie Lacombe, Ergothérapeute et cadre de santé à l’Institut de Réadaptation Visuelle Saint-Louis.