Comprendre les urgences ophtalmologiques

2 femmes du personnel soignant dans une salle d'urgences avec un patient allongé sur un brancard.

Face à un problème oculaire, l’inquiétude est légitime et le réflexe de consulter en urgence, naturel. Pourtant, toutes les situations ne nécessitent pas forcément une prise en charge immédiate. Le Docteur Marie Jugnet, ophtalmologue assistante aux urgences, dans le service du Dr Tuil, de l’Hôpital national des 15-20, nous aide à faire la part des choses et détaille le fonctionnement de son service.

Comment peut-on définir une urgence ophtalmologique ?

Dr Marie Jugnet : Une urgence ophtalmologique correspond à une situation dans laquelle l’œil ou la vision sont menacés et réclament une intervention sans délai afin de limiter le risque de séquelles irréversibles. On rencontre deux grands types d’urgences : celles qui s’accompagnent de douleur, comme certains traumatismes ou inflammations, et celles qui évoluent sans douleur mais avec une atteinte du champ visuel. Dans tous les cas, le facteur temps joue un rôle central.

Pourtant, il n’est pas toujours évident de distinguer une simple gêne d’une véritable urgence. Comment faire la différence ?

Dr Marie Jugnet :  Je conseille d’évaluer trois choses : ce qui s’est passé, ce que l’on ressent et les signes périphériques associés.

D’abord ce qui s’est passé. Tous les traumatismes de l’œil doivent être pris au sérieux, qu’il s’agisse d’un choc, d’une projection de métal, d’un contact avec des végétaux… En effet, une plaie de l’œil requiert une opération en urgence pour éviter les infections et les conséquences à long terme.

Ensuite ce que l’on ressent : un œil subitement rouge et très gonflé, des douleurs intenses qui persistent, appellent une vigilance particulière. Une baisse de la vision doit amener à venir sans tarder car elle peut être le signe d’un accident vasculaire cérébral. Il faut aussi être attentif à l’apparition de corps flottants, en particulier lorsqu’ils sont nombreux, ressemblent à des mouches ou des toiles d’araignées, et s’accompagnent de flashs lumineux. Cela peut annoncer un décollement de rétine. La plupart du temps, il n’y a rien de préoccupant mais dans quelques cas plus rares, une évaluation aux urgences permet d’éviter des suites plus lourdes.

Enfin, certains signes additionnels doivent renforcer l’alerte. La fièvre, par exemple, peut évoquer une infection et justifier la mise en route d’un traitement antibiotique.

À l’inverse, dans quels cas peut-on se rassurer ?

Dr Marie Jugnet : Un œil qui gratte depuis plusieurs jours relève rarement d’une urgence. De manière générale, si la gêne dure depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, sans évolution inquiétante, un rendez-vous avec l’ophtalmologue de ville sera plus adapté. Les orgelets et les chalazions, ces petites boules rouges et douloureuses sur la paupière, se traitent avec des compresses d’eau chaude, des massages et peuvent également être examinés en cabinet. Il en va de même pour les conjonctivites, sauf en cas d’aggravation. Lorsque les délais de rendez-vous sont trop longs, le médecin traitant ou le pharmacien peuvent apporter un premier conseil. La règle à retenir est la soudaineté et l’intensité des symptômes : si quelque chose change de manière inattendue et significative, alors c’est une urgence.

Comment les patients sont-ils reçus aux urgences des 15-20 ?

Dr Marie Jugnet : Le parcours est assez classique. Le patient prend d’abord un ticket, puis est appelé par l’accueil pour constituer son dossier administratif. Ensuite, un infirmier urgentiste l’examine et pose les premières questions pour estimer la gravité de son cas selon trois niveaux. Le niveau 1 correspond aux urgences immédiates : baisse d’acuité visuelle brutale, traumatisme grave, suspicion d’AVC… Ces patients sont pris en charge en moins d’une heure. Le niveau 2 regroupe les corps étrangers dans l’œil et les douleurs oculaires importantes. Enfin, le niveau 3 concerne les autres symptômes moins urgents. Les médecins voient les patients en fonction de cette classification et de l’évolution de leur état. C’est la logique même des urgences : la priorisation se fait selon la gravité et non selon l’ordre d’arrivée.

Ensuite, tout dépend du diagnostic. Lorsqu’une chirurgie est nécessaire, le patient est opéré au plus tard le lendemain. Dans d’autres cas, un traitement sera prescrit avec, parfois, un contrôle à réaliser en ville ou aux 15-20. Pour certaines pathologies, comme les abcès de cornée, une hospitalisation est nécessaire, parfois pendant plusieurs semaines, selon la sévérité de l’infection et la surveillance qu’elle impose. Pour les urgences neurovasculaires, un transfert vers la Fondation Rothschild ou la Pitié Salpêtrière est mis en place.

Une femme en tenue de bloc, au bloc opératoire, prépare son matériel.
Petite chirurgie en urgence.

Comment fonctionne l’équipe urgentiste ?

Dr Marie Jugnet : Le service mobilise quotidiennement trois internes : deux internes expérimentés et un interne socle également l’assistant ophtalmologue et le coordonnateur du service. Nous pouvons également compter sur cinq infirmiers organisateurs de l’accueil, deux aides-soignantes, deux agents administratifs, une cadre de santé et une orthoptiste pour les examens complémentaires. La nuit, à partir de 21h30, un interne et un senior restent sur place ainsi que deux infirmiers organisateurs et une aide-soignante.

L’hôpital dispose d’un appareil IRM pour un diagnostic précoce en cas de suspicion d’AVC. Enfin, la coordination avec l’équipe de médecine interne est précieuse lorsque les symptômes s’inscrivent dans un contexte plus global et qu’il faut solliciter un avis complémentaire. Cette organisation nous permet de maintenir une prise en charge de qualité tout en gérant un volume important de consultations, pouvant aller de 140 à 250, ce qui fait en moyenne 160 passages par jour, avec des périodes particulièrement sollicitées : les lundis, parce que les consultations n’ont pas eu lieu le week-end ; les vacances, lorsque l’offre de soins en ville est réduite ; les soirs de réveillon à cause des accidents domestiques. Les bouchons de champagne et feux d’artifices sont les premières causes de traumatisme oculaire en France, allant de l’atteinte bénigne à sévère.

Une salle au bloc opératoire est réservée pour les urgences et peut être utilisée à n’importe quel moment, de jour comme de nuit. Nous pouvons également réaliser des bilans biologiques aux urgences qui sont directement envoyés au laboratoire des 15-20 pour une analyse rapide.

Recevez-vous également des enfants aux urgences ?

Dr Marie Jugnet : Nous accueillons majoritairement des adultes, mais nous recevons aussi des enfants. Nous prenons en charge tous les patients, enfant y compris, excepté dans le cadre d’une chirurgie en urgence si moins de 13 ans.

Quels conseils, enfin, peut-on donner pour limiter les passages aux urgences ?

Dr Marie Jugnet : La prévention est, bien sûr, essentielle. Pour prévenir les abcès de la cornée, les porteurs de lentilles doivent les retirer avant de dormir, de se baigner, et dès qu’ils éprouvent la moindre douleur. Le port de lunettes de protection est indispensable sur les chantiers, lorsqu’on bricole ou qu’on utilise des produits chimiques comme la Javel, ainsi qu’en présence de flammes. Malgré tout, des accidents peuvent bien sûr survenir. Dans ce cas, savoir évaluer la gravité de ses symptômes permet de s’orienter vers le bon interlocuteur pour ne pas passer obligatoirement par les urgences lorsqu’un autre parcours semble plus approprié.

Quoi qu’il en soit, en cas de problème avec un traitement, de complication après une opération, ou tout simplement en cas de doute, il ne faut jamais hésiter à venir. Les urgences sont là pour gérer les situations critiques, mais aussi pour accompagner et rassurer les patients qui en ont besoin.

 

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