Comment l’Entrepôt de Données de Santé va accélérer la recherche

Avec la création de son Entrepôt de Données de Santé (EDS), l’Hôpital national des 15-20 franchit une étape importante : transformer les informations médicales en levier pour la recherche. Le Dr Marie-Caroline Clément, médecin de santé publique responsable du projet, revient sur les enjeux de ce dispositif soutenu par l’Institut Hospitalo-Universitaire FOReSIGHT pour la Vision.

Un Entrepôt de Données de Santé

L’EDS rassemble, dans un environnement entièrement sécurisé, l’ensemble des informations issues de la prise en charge des patients : examens, comptes rendus, prescriptions, diagnostics, actes médicaux… Ces éléments, collectés à chaque étape du parcours de soin, représentent une ressource précieuse pour améliorer la qualité des pratiques médicales et faire progresser la recherche.

« Chaque jour, les services des 15-20 produisent une quantité considérable d’informations. Jusqu’à présent, elles étaient dispersées dans différents logiciels. L’EDS va simplement permettre de les regrouper. », explique le Dr Clément.

L’entrepôt intègre déjà les dossiers ophtalmologiques des patients, les examens biologiques, les actes et diagnostics, ainsi que les séjours d’hospitalisation. Il sera prochainement complété par les informations de l’imagerie, de la pharmacie, du bloc opératoire et de l’anesthésie.

Cette mise en commun facilitera la constitution de cohortes pour les projets de recherche, la mesure de l’efficacité des traitements dans le temps et la compréhension des facteurs d’évolution des maladies oculaires. « Cette ouverture est essentielle, poursuit le Dr Clément. L’accès partagé aux données améliore la qualité des études et la fiabilité des résultats obtenus. À l’avenir, ces entrepôts pourraient même contribuer à des études à l’échelle internationale : une perspective déterminante pour la compréhension des maladies rares, par exemple, dont chaque établissement de référence ne prend en charge que quelques patients. »

L’EDS contribuera également à mieux encadrer et valoriser les projets de recherche des internes :

« Beaucoup s’appuient sur des éléments cliniques, mais jusqu’alors, aucune centralisation n’existait. Nous ignorions souvent leurs sujets et les ressources mobilisées. L’EDS apportera donc plus de transparence et de rigueur dans la supervision et le suivi de ces recherches. », précise le Dr Clément.

Mais rassembler autant d’informations médicales implique nécessairement des exigences de sécurité renforcées pour protéger ces données sensibles. C’est pourquoi les garanties entourant l’EDS sont multiples et visent à préserver le lien de confiance entre l’hôpital et ses patients.

Un cadre éthique strict pour un usage maîtrisé

Les informations des patients sont stockées dans un environnement hautement sécurisé. Elles sont hébergées sur les serveurs de l’hôpital, gérés par ses services informatiques et soumis à des contrôles réguliers. Les informations restent ainsi au sein de l’établissement, sans transit par des serveurs externes. Enfin, elles sont pseudonymisées, c’est-à-dire qu’aucun élément directement identifiable, tel que le nom ou l’adresse, n’est accessible par les utilisateurs de l’EDS.

Ensuite, l’accès à ces ressources est strictement encadré : chaque projet de recherche fait l’objet d’un double examen. Le Dr Clément et son équipe vérifient d’abord la cohérence et la faisabilité de l’étude. Puis, le dossier est soumis à un Comité scientifique et éthique pluridisciplinaire, composé de médecins, de chercheurs, d’experts en éthique, de représentants des patients et de membres indépendants. Cette instance valide l’intérêt scientifique, la conformité réglementaire et la faisabilité technique avant tout accès à la base de données.

« Rien ne sort de l’EDS sans un contrôle préalable. Notre rôle est de garantir la qualité des études et le bon usage des informations. », insiste le Dr Clément.

Enfin, toute personne suivie ou ayant été prise en charge à l’Hôpital national des 15-20 au cours des dix dernières années sera avertie de l’existence de l’EDS. Cette information figurera en bas des convocations et des comptes-rendus, dans le livret d’accueil de l’hôpital et via un affichage dans les espaces d’attente. Chaque patient peut ainsi, à tout moment, s’opposer à l’utilisation de ses données dans l’entrepôt, que ce refus soit général ou qu’il concerne une étude en particulier. Un portail en ligne dédié permet de consulter les travaux en cours et d’exercer ses droits d’opposition, mais également d’accès ou de rectification à ses données, sans que cela n’ait la moindre incidence sur la qualité de prise en charge, conformément au Règlement Général sur le Protection des Données (RGPD).

Des bénéfices établis

Si la question de la sécurité des données peut susciter des craintes légitimes, le Dr Clément voit dans leur mutualisation un tournant positif :

« En partageant les informations, dans un environnement de confiance, on fait progresser la connaissance. Les patients entendent souvent parler, à juste titre, des risques et de leur droit d’opposition. Mais n’oublions pas que les bénéfices sont considérables. Il faut comprendre que leurs données ne peuvent pas, légalement, être utilisées contre eux, mais bien pour eux : pour améliorer la recherche, les traitements et, à terme, la vie des générations futures. »

Ainsi, l’EDS de l’Hôpital national des 15-20 contiendra les données cliniques de plus de 600 000 patients atteints de pathologies oculaires et suivis parfois depuis plus de dix ans. Cela permet, par exemple, aux médecins d’identifier rapidement plusieurs centaines de patients éligibles à de nouveaux traitements ou de leur permettre d’être inclus dans de nouveaux essais cliniques ; ce qui était impossible avec les outils actuels ou les dossiers papiers.

Le Dr Clément cite d’ailleurs plusieurs initiatives qui démontrent déjà la valeur de ces dispositifs. En France, la Caisse nationale d’assurance maladie exploite depuis longtemps les données de remboursement des soins intégrées dans le Système national des données de santé (SNDS). Depuis 2018, le Groupement d’Intérêt Scientifique EPI-PHARE l’utilise également pour réaliser des études de pharmaco-épidémiologie et, par exemple, déclencher des alertes précoces sur les possibles effets secondaires des médicaments.

Au Royaume-Uni, le National Health Service (NHS) centralise également les données médicales pour développer des algorithmes d’aide à la décision, notamment en cancérologie.

Autre illustration, à l’heure où la santé mentale constitue un enjeu majeur de santé publique, le groupement hospitalo-universitaire Paris-Psychiatrie et Neurosciences s’est aussi doté d’un EDS, opérationnel depuis deux ans, qui permet de faciliter et d’accélérer la recherche sur des pathologies telles que la dépression, la schizophrénie ou les troubles du comportement alimentaire.

En consolidant les informations issues de plusieurs années de soins, l’Entrepôt de Données de Santé des 15-20 offre aux chercheurs et aux cliniciens un outil essentiel pour mieux comprendre, prévenir et soigner les maladies oculaires. Plus qu’une simple base de données, il constitue une véritable mémoire collective au service de la médecine de demain.

« L’EDS, c’est une manière de faire progresser la recherche dans un esprit de confiance avec les patients. », conclut le Dr Clément.

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