Le glaucome est une maladie chronique qui progresse sans bruit : s’il n’est pas détecté à temps, il peut entraîner une perte irréversible de la vision. Avec l’ouverture de l’Institut Universitaire du Glaucome, l’Hôpital national des 15-20 affirme sa position de référence en matière de soin, de formation et de recherche sur le glaucome.
Deuxième cause de cécité en France après la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), le glaucome touche aujourd’hui entre 1,3 et 1,8 million de Français. Il s’agit d’une maladie chronique de l’œil, le plus souvent liée à une pression intraoculaire trop élevée, qui entraîne une dégradation progressive du nerf optique. Dans la plupart des cas, elle demeure asymptomatique les premiers temps. Le patient ne ressent rien, sa vision reste normale, jusqu’à ce que des lésions irréversibles s’installent. Le dépistage et le suivi sont donc essentiels pour intervenir avant que les atteintes ne s’aggravent et ne compromettent définitivement la capacité à voir.

Un centre structuré autour des besoins du patient
Conçu pour répondre aux besoins spécifiques des formes sévères de la maladie, l’Institut Universitaire du Glaucome rassemble dans un même lieu une équipe spécialisée, des équipements de pointe et un parcours de soin dédié. Les patients y accèdent sur orientation de leur ophtalmologiste traitant, via un service de l’hôpital ou, de manière plus exceptionnelle, lorsqu’ils sollicitent un deuxième avis. Ils bénéficient d’un accompagnement individualisé, au sein d’un espace rénové et pensé pour faciliter le suivi au long cours. Chaque semaine, des réunions de concertation sont organisées entre médecins pour discuter des situations les plus complexes : « le glaucome évolue de manière très variable d’un patient à l’autre. Il faut pouvoir adapter les soins en permanence et cela suppose de croiser les points de vue, d’échanger et de réfléchir en équipe », explique le Pr Antoine Labbé, directeur médical de l’Institut.
Transmettre le savoir pour faire avancer les pratiques
Ce partage d’expertises est au cœur de la mission de l’Institut Universitaire du Glaucome qui accueille des professionnels en formation à différents stades de leur parcours : internes, jeunes ophtalmologistes, observateurs étrangers ou médecins plus expérimentés souhaitant actualiser leurs connaissances. En lien avec l’École de chirurgie des 15-20, l’Institut Universitaire du Glaucome propose des enseignements à la fois théoriques et pratiques, avec notamment des séances de simulation et des ateliers de type WetLab, permettant de s’exercer aux gestes chirurgicaux dans des conditions proches du réel. « Nous avons à cœur de préparer les spécialistes à la complexité de cette affection. Cela passe par un haut niveau de compétences, bien sûr, mais aussi par la compréhension du vécu des patients », souligne le Pr Labbé. C’est d’ailleurs cette volonté de mieux appréhender la maladie qui guide les projets de recherche portés par l’Institut. Menés en lien étroit avec les personnes suivies, ils visent à faire progresser les connaissances et à ouvrir de nouvelles pistes pour améliorer la prise en charge.
Comprendre le vécu des patients
Parmi les projets de recherche en cours, une étude sur l’analyse du champ visuel en réalité virtuelle vise à mieux évaluer l’impact fonctionnel du glaucome dans des conditions proches du quotidien. En partenariat avec StreetLab et l’IHU FOReSIGHT pour la vision, les équipes testent un système immersif utilisant des lunettes 3D grâce auxquelles le patient progresse dans un environnement simulé, selon un parcours standardisé. Son déplacement est suivi en temps réel et des indicateurs, tels que sa vitesse, sa trajectoire, les obstacles évités ou percutés, permettent d’observer comment la vision est véritablement mobilisée dans un contexte dynamique.
À l’heure actuelle, les évaluations de champ visuel consistent à fixer un point au centre d’un écran noir et à signaler, œil par œil, l’apparition de petites cibles en périphérie. Cet exercice exigeant et très abstrait est souvent peu représentatif de ce que les patients perçoivent au quotidien. « Le nouvel outil cherche à combler l’écart entre ce que les examens montrent et ce que notre patientèle décrit. Il ne s’agit plus seulement de détecter un stimulus lumineux isolé, mais de comprendre comment une personne atteinte de glaucome traverse une pièce, suit un chemin ou évite un obstacle », précise le Pr Labbé. Actuellement en phase de test, ce dispositif pourrait s’imposer comme un complément, voire une alternative, aux examens traditionnels avec, à la clé, une évaluation plus réaliste et une aide à la mobilité plus adaptée.
La recherche fait partie intégrante de la prise en charge de nos patients. Elle nous permet de leur proposer des examens ou des traitements innovants qui tiennent compte de ce qu’ils vivent au quotidien.
Pr Antoine Labbé
Anticiper les traitements de demain grâce à l’imagerie
Autre projet majeur, mené avec le CIC INSERM 1423 : le développement du doppler holographique, une technologie d’imagerie inédite en ophtalmologie. Cet outil rend visible la circulation sanguine dans les microvaisseaux de la rétine et autour du nerf optique, des zones jusqu’ici inaccessibles. Il repose sur un principe appelé interférométrie. Un faisceau laser est divisé en deux : l’un stable, l’autre dirigé vers les tissus à observer. Une fois réfléchi par les structures biologiques, ce second faisceau est recombiné avec le premier pour former un hologramme. En comparant plusieurs images prises à très courts intervalles, les chercheurs peuvent repérer des variations qui révèlent la vitesse de circulation du sang. C’est le principe de l’effet Doppler. En observant comment la lumière est renvoyée par les cellules en mouvement, on peut en mesurer la vitesse. Or, si l’on sait que l’augmentation de la pression dans l’œil est un motif de risque majeur, elle n’explique pas tout. Certains patients présentent en effet une pression normale mais voient leur glaucome progresser, tandis que d’autres ont une pression élevée mais pas d’atteinte du nerf optique. Le facteur vasculaire, c’est-à-dire la qualité de la circulation sanguine au niveau du nerf, aurait donc une importance décisive : « Nous avons déjà des résultats préliminaires qui montrent une altération des flux sanguins dans certaines zones du nerf optique. Cette mauvaise irrigation pourrait jouer un rôle dans l’évolution du glaucome, chez des patients dont la pression intraoculaire est par ailleurs bien contrôlée », indique le Pr Labbé. Cette approche devrait ainsi permettre, à terme, d’adapter les traitements selon le profil vasculaire de chaque patient.
Explorer de nouvelles cibles thérapeutiques
Au-delà de ces projets d’imagerie et d’évaluation clinique, les équipes de l’Institut Universitaire du Glaucome et de l’Institut de la Vision travaillent sur deux axes de recherche fondamentale susceptibles de faire émerger de nouvelles stratégies thérapeutiques. Le premier concerne la neuroprotection. Aujourd’hui, tous les traitements du glaucome reposent sur la diminution de la pression intraoculaire. Des traitements efficaces, mais qui n’agissent que sur un facteur de risque de la maladie. Car le glaucome est avant tout une dégénérescence progressive des cellules ganglionnaires, les cellules nerveuses qui composent le nerf optique. Les recherches en cours s’attachent à identifier des molécules capables de protéger directement ces cellules, afin d’éviter ou de ralentir leur dégénérescence.
Le second axe porte sur le trabéculum, un tissu en forme de filtre situé à l’angle de l’œil et par lequel s’évacue l’humeur aqueuse, un liquide naturellement produit à l’intérieur du globe oculaire. Lorsque le trabéculum est altéré, la résistance à l’écoulement augmente, ce qui entraîne une élévation de la pression intraoculaire et donc un risque de glaucome. Les chercheurs tentent de mieux comprendre les mécanismes de cette altération trabéculaire avec l’objectif, à terme, de restaurer son bon fonctionnement. « Ce sont des pistes qui demandent du temps, de la rigueur, mais qui pourraient profondément transformer la manière dont on prend en charge certains profils de patients », conclut le Pr Labbé.