Guide de la douleur
52 Prendre en charge la douleur en ophtalmologie peutique ciblée sur la douleur oculaire. Les stratégies actuelles consistent à identifier et à traiter la cause, mais cette approche n’est souvent que par- tiellement, voire pas du tout, efficace pour des patients qui souffrent de dou- leurs chroniques invalidantes. Il semble en effet qu’une stimulation chronique des nerfs cornéens conduise à une hyperexcitabilité neuronale le long du tri- jumeau jusqu’aux noyaux centraux. Dans ce cas la douleur se déconnecte de sa cause et seule une approche spécifique de l’hyperexcitabilité neuronale aurait des chances d’être efficace. Mais les marqueurs cliniques, biologiques ou cérébraux de la douleur oculaire chronique manquent encore. Il existe en outre des populations de patients souffrant de douleurs neuropathiques générales, type fibromyalgie ou neuropathies à petites fibres. Nous recevons déjà des patients souffrant de douleurs chroniques oculaires et générales dans le cadre de collaborations avec des services de neurologie ou de méde- cine interne (Lariboisière, Ambroise Paré…) et travaillons fréquemment avec l’Association Française du Gougerot-Sjögren et des syndromes secs, asso- ciation de patients très active dont les membres souffrent de maladies au- to-immunes sources de douleurs oculaires et de sécheresse. Nos équipes ont ainsi acquis une double expertise : clinique (Centre Nation- al d’Ophtalmologie des Quinze-Vingts, et Centre d‘Investigation Clinique des Pathologies de la Surface Oculaires, chef de service : Pr. Ch Baudouin ; équipe d’anesthésie : Dr MS Ben Ammar, Dr J. Wrobel, Dr Kh Kherrouzi, Dr M. Sin-Ilie ; Service de Neuroimagerie : Dr C. Habas) ; et fondamentale (Institut de la Vi- sion, Equipe S12, Directeurs : Pr Ch. Baudouin, Dr Melik-Parsadaniantz). Nous avons ainsi initié un programme de recherche originale dans ce domaine ex- trêmement peu étudié de l’ophtalmologie, la douleur. La douleur chronique est associée à une inflammation neurogène faisant intervenir différents médiateurs et cytokines inflammatoires. Nous analysons en particulier le rôle de certaines chimiokines dans la douleur ainsi que la perte d’efficacité des endorphines locales sur les récepteurs opioïdes. Nous avons caractérisé des marqueurs associés à la douleur au niveau des terminaisons nerveus- es cornéennes et de la surface oculaire. Nous examinons régulièrement au Centre d’Investigation Clinique des patients en souffrance chronique et présentant des sécheresses graves, et tentons d’identifier chez ces patients des marqueurs permettant de comprendre les relations entre les cellules in- flammatoires et les nerfs cornéens. Nous nous intéressons également aux relations entre les chimiokines et les récepteurs opioïdes, qui deviennent in- efficaces lors des douleurs chroniques. L’approche méthodologique consiste à compléter l’évaluation clinique par des techniques non-invasives chez les
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